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« La Crise du Coronavirus Ébranle Aussi L’idée de Démocratie et de Liberté »

| Mar. 26, 2020

The COVID-19 crisis calls for an international effort to define fundamental rights and duties in the digital world.

English translation from the author:

The COVID-19 pandemic has shaken our economic and political institutions. Less detectably, the crisis also rattles our ideals of democracy and individual freedom. Public health imperatives have collided with democratic principles as fundamental as the freedom to come and go. We have every reason to believe that the exigencies of the moment will also come into conflict with privacy.

It will be paramount to ensure that emergency solutions designed to fight a pandemic does not open the door to normalizing invasive individual surveillance tools later – not only in the US, but in every democracy that is facing the crisis.

Bodies of texts and norms that constitute democratic principles and strike the balance between individual rights and public necessities function poorly in the digital world. Recently, calls from several leaders (including president Macron of France) have increasingly advocated for an international effort to define fundamental rights and duties in the digital world – the framing of a Digital Bill of Rights.

Redoubling this effort now would show that we are not driving down an unchartered road with the headlights off, but rather that we are clear-eyed and committed to achieving the right balance between individual freedoms and state and corporate power for the years to come.

Original text:

La crise du coronavirus met sous pression notre quotidien, notre travail, nos relations sociales. Elle ébranle aussi l’idée de démocratie et de liberté : qui aurait pensé que se promener dans la rue puisse devenir, du jour au lendemain, interdit, passible d’amende ? Plus encore, qui aurait cru qu’une telle mesure soit plébiscitée et même, pour un nombre considérable de Français en quête d’autorité, jugée insuffisamment stricte ? En quelques heures, des habitudes et croyances que l’on pensait profondément ancrées ont été renversées.

Les impératifs de santé publique ont percuté des principes démocratiques aussi fondamentaux que la liberté d’aller et venir. Tout porte à croire qu’ils rentreront aussi en conflit avec la protection de la vie privée. En Europe, la République tchèque a annoncé la première son intention de déployer un outil de localisation puissant, intrusif, utilisant les données de localisation des téléphones portables pour suivre les mouvements des porteurs de virus, afin de tracer les contacts que cette personne a eus et freiner la propagation de la pandémie. L’Allemagne, l’Italie, le Royaume-Uni ont exprimé un intérêt similaire. Emmanuel Macron vient d’engager cette discussion en France.

L’idée de déployer des outils de surveillance de masse réveille évidemment des craintes d’utilisation abusive, d’excès de pouvoir de ceux qui détiendront ces données, et de conséquences potentiellement désastreuses pour les libertés publiques. De tels dispositifs iraient contre ce que nous avons voulu construire depuis l’avènement du numérique pour nous prémunir du spectre d’une surveillance totalitaire. Les lois sur la privauté des données personnelles, pour lesquelles l’Europe fait figure d’exception dans le monde, sont le reflet de cette culture européenne.

Outils de surveillance de masse exceptionnels

Le virus sera présent plus longtemps que le confinement ne sera supportable. Il faudra donc bien imaginer des dispositifs permettant de regagner de la flexibilité de mouvement. Le plus probable est que cela passera par une combinaison de tests médicaux généralisés et de technologie de suivi personnalisé. Ce modèle a fait ses preuves : la Corée du Sud, Singapour, Hongkong ont tous réussi à résorber la pandémie sans confinement prolongé (parfois sans confinement du tout). Si nous devons choisir, dans quelques semaines, entre l’effondrement économique et sociétal dû à un arrêt prolongé du pays, ou accepter des dispositifs de suivi que nous aurions refusés en temps normal, que ferons-nous ?

  – Via the original publication source.

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